La roche tarpéienne est proche du Capitole

24 oct. 2016

Un nouveau "coup de coeur"


 

L'hétérodoxie en économie, une chance pour la France

  • 24 févr. 2015, édition : Les invités de Mediapart
Dans un magnifique texte, James Galbraith pointe l’erreur commise par Jean Tirole ou Philippe Aghion : il est impossible de prétendre, comme ils le font, que tous les hétérodoxes sont des nuls (et même, dans ce cas, pourquoi vouloir nous empêcher de partir ?).

 

Extrait :

La réaction des économistes du courant dominant – parmi lesquels, apparemment, Philippe Aghion (Harvard) et Jean Tirole (École d’Économie de Toulouse) – a consisté à s’opposer à cette proposition par une intervention directe auprès des plus hautes sphères de l’État.

Selon ce qui nous a été rapporté, leur argument consiste à estimer que les 600 économistes hétérodoxes de France se situent, en termes de mérite académique, dans les profondeurs du classement de la profession. Parmi ces 600 économistes, aucun-e n’est de valeur.

Cette réaction, pour insultante et désobligeante qu’elle soit, est très révélatrice. N’importe quel-le statistitien-ne vous le dira, le mérite académique (quelle que soit la façon dont il est mesuré) se distribue selon une courbe en cloche : certains seront sur la partie haute, d’autres sur la partie basse mais seuls quelques cas exceptionnels se trouveront à l’une et l’autre des deux extrémités.
Il se peut, ou pas, que la moyenne pour les hétérodoxes ne soit pas la même que celle pour les orthodoxes. Mais dans tous les cas, les points seront dispersés autour de la moyenne, quel que soit le type d’économiste concerné.

Il est de ce fait impossible d’imaginer que les 600 économistes hétérodoxes de France soient tous pires que leurs 1 800 collègues du courant dominant.

Et quel que soit l’écart entre les valeurs moyennes – si tant est que cet écart existe, ce qui reste à prouver – il y a sans aucun doute un nombre considérable d’économistes hétérodoxes de premier plan dont les qualités (si on les mesure de manière honnête) dépassent celles des chercheurs plus modestes du courant dominant.

Les professeurs qui défendent l’argument de la qualité insuffisante des travaux de recherche des économistes hétérodoxes démontrent par là-même leur incompétence sur une question essentielle pour tout économiste, c’est-à-dire la compréhension des principes élémentaires des probabilités et des statistiques.

Ce qui nous amène à la question suivante : si les membres les plus éminents du mainstream – selon leurs propres systèmes de classement – sont capables de se livrer à des arguments aussi faibles et même, disons le mot, incompétents, comment peuvent-ils revendiquer une quelconque supériorité intellectuelle sur la totalité de la tradition hétérodoxe française ?
De toute évidence cela n’est pas possible. De toute évidence, l’hétérodoxie française a le droit de s’évaluer elle-même, et d’être libérée du joug d’une majorité qui lui est hostile.

James Galbraith

Texte traduit par Gilles Raveaud, maître de conférences à l’université Paris 8 Saint-Denis, et Bruno Tinel, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Merci à G. Raveaud et B. Tinel d'avoir permis la lecture de ce texte... 

P.S. :  Ce texte pose néanmoins une question redoutable, celle de la méthodologie et des critères utilisés pour "évaluer le mérite académique" ou "la qualité des publications" !
Peut-on en effet appliquer à deux populations différentes (orthodoxes / hétérodoxes) une seule et unique norme d'évaluation ?  (U.N. Minédipiù.)
Enregistrer un commentaire