La roche tarpéienne est proche du Capitole

13 févr. 2016

La politique de “Quantitative Easing” : une fausse hétérodoxie ?

Juste quelques mots à propos de la politique de “Quantitative Easing” (QE) inventée par Richard Werner en 1994 et récemment mise en avant par M. Mario Draghi et la Banque Centrale Européenne après des applications au Japon (2001) et aux USA (avec le quantitative easing 1 de la FED en mars 2009)...



La QE en résumé :
  • Ces politiques d'assouplissement quantitatif reposent d'abord sur un changement de stratégie des Banques centrales, changement reposant lui même sur le constat de la perte d'efficacité des politiques monétaires traditionnelles (taux directeur, taux d'escompte, taux interbancaire, réserves obligatoires, contrôles de la masse monétaire ou politique d'open market...) si tant est que ces politiques aient eu un jour une certaine efficacité !
  • Elles reposent aussi sur des outils particuliers comme les acquisitions d'actifs (titres de créances obligataires, dettes d'agences ou titres hypothécaires…) par les Banques centrales qui augmentent ainsi leurs bilans.
  • Ces actions reposent enfin sur l'hypothèse que la mise en circulation de la monnaie dans l'économie "réelle", on augmente les réserves du secteur bancaire et on réduit les pressions déflationnistes.

Des doses homéopathiques d'hétérodoxie ?

  • Première petite dose d'hétérodoxie, le fait de mettre en place cette politique de “Quantitative Easing” (QE) est une reconnaissance implicite de l’incapacité de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne à agir en direction de l’économie “réelle” (l’investissement, l’emploi, la croissance etc…) 
  • Seconde petite dose d'hétérodoxie, la QE, politique appliquée pour la première fois au Japon, repose en fait sur l’existence d’anticipations d’inflation par les agents économiques générées par des actions non orthodoxes (allant vers l'abandon partiel de la baisse des taux d’intérêt et de la contrainte budgétaire comme les “3%” ?)
  • Dernière petite dose d'hétérodoxie, cette politique adopte l’hypothèse selon laquelle le rachat de titres publics par la BCE et financé par de la création de liquidités, crée des tensions inflationnistes induisant des investissements nouveaux (et donc de la croissance et des emplois) à la condition expresse que cette création monétaire serve à ce financement et non à la spéculation purement financière…

Des risques nouveaux ?

Les débats actuels démontrent l'existence de trois catégories de risques induites par les "Q.E." :
  1. des pressions inflationnistes (approche orthodoxe hyper-traditionnelle !) induites par la création de monnaie...
  2. ...une tendance à l'augmentation des bulles spéculatives vie les marchés financiers...
  3. ... et, enfin, une tendance à l'augmentation de la valeur de certains actifs financiers possédés par les catégories sociales les plus aisées.

Bref, cette nouvelle politique induite par Mario Draghi semble être le prolégomène hétérodoxe du début de la reconnaissance partielle de l’incapacité des politiques communautaires traditionnelles... Mais cette reconnaissance est particulièrement "risquée" car pouvant induire des dérives que l'orthodoxie économique (même teintée d'un zeste d'hétérodoxie) ne peut prendre en compte !

"We are open to a whole menu of measures…” Mario Draghi, octobre 2015…

Open, vous avez dit open ? Bizarre... 

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