La roche tarpéienne est proche du Capitole

12 oct. 2015

Un "faux Prix Nobel" conforme à la tradition : Pr. Angus Deaton


M. Angus Deaton a été désigné comme récipiendaire 2015 du "prix de la Banque de Suède en sciences économique en mémoire d'Alfred Nobel" pour "son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être". Professeur à Princeton, Angus Deaton s'était déjà illustré en 1980 avec un article intitulé "An Almost Ideal Demand System" (AIDS !)

Il avait rédigé cet article avec John Muellbauer, article publié dans l'American Economic Review en 1980. Ils y représentaient un traitement "élégant de la demande des consommateurs". A cette occasion, il avait  constaté la naissance de son aura internationale... enfin, celle des milieux orthodoxes...

Pour cette désignation, le comité faussement “Nobel" insiste sur les points qui justifient cette désignation (le 12 octobre, midi) : “Pour concevoir une politique économique qui favorise le bien-être et réduise la pauvreté, nous devons d'abord comprendre les choix individuels de consommation. Plus que quiconque, Angus Deaton a amélioré cette compréhension. En reliant les choix individuels et les résultats globaux, sa recherche a contribué à transformer les domaines de la microéconomie, macroéconomie, et l'économie du développement.”

De manière plus générale et plus simple, Angus Deaton est surtout connu par son “paradoxe”.
  • Ce paradoxe peut être formulé de cette manière : la consommation n’est plus seulement fonction du revenu courant mais aussi et principalement de la somme actualisée des anticipations de revenus…
  • On peut aussi le présenter de manière plus “brute” : la consommation serait plus “lisse” que le revenu…
  • Il repose sur une hypothèse “lourde” celle qui expliquerait principalement les liaisons supposées exister entre le bien être et la pauvreté par des variables individuelles… hypothèse traditionnelle de la détermination microéconomique de la macroéconomie.
Mais ce paradoxe est un tant soit peu autiste car négligeant d’autres facteurs expliquant le “lissage” de la consommation face à l'évolution des revenus comme, par exemple, les contraintes de liquidité qui influenceraient certains ménages dont les crédits sont rationnés par les banques ou les politiques macroéconomiques de gestion et de contrôle des prix, voire de fiscalité…

Au delà de ce paradoxe venu enrichir la liste de ces derniers allant de celui de De Malestroit à celui du contrarien (Andreas Höfert, 2012), on se doit de remarquer l'existence évidente d'une dichotomie faits / pensée marquant ses oeuvres comme en témoigne cet extrait de The great escape :
life is better now than at almost any time in history. Most people are richer and fewer people live in dire poverty. Lives are longer and parents no longer routinely watch a quarter of their children die. 
Yet millions still experience the horrors of destitution and of premature death. 
The world is hugely unequal.

... "The world is hugely unequal...” Avec un tel constat et une telle mise à distance naïve vis à vis de la réalité, l’économie de Deaton serait-elle donc insensible ou extérieure aux données sociales ?...
...comme en témoigne la conclusion de l'article rédigé en 2010 avec Daniel Kahneman : "We find that emotional well-being and life evaluation have different correlates in the circumstances of people's lives." High income improves evaluation of life but not emotional well-being," publié in Procedding of National Academy of Sciences (PNAS), Vol. 107 2010


Pour celles et ceux qui seraient intéressés(ées) par ce para-orthodoxe :
DEATON, A, and MUELLBAUER, J,  [1980], “An Almost Ideal Demand System” (AIDS) American Economic Review 70/3, pp 312-326
DEATON A. [1987], “Life Cycle Models of Consumption : Is the Evidence Consistent with the Theory ?”, in Bewley T.F. (ed), Advances in Econometrics, Cambridge University Press
DEATON A. [1992], “Understanding Consumption”, Oxford, UK : Clarendon Press
DEATON A. [2014], “The Great Escape : Health, Wealth and the Origins of Inequality”, Princeton University Press, 360pp.