La roche tarpéienne est proche du Capitole

31 août 2015

Arévolé Rienamé était stressé...


Arévolé Rienamé avait face à lui la lumière rouge de la caméra qui venait de s'allumer et le journaliste l'avait présenté… "Stratégiste…. Directeur…. Prévisionniste…" et parlais désormais de son dernier ouvrage intitulé "La crise est morte car la croissance est en nous."

Mais tous ces mots coulaient sur lui sans s'y accrocher car il savait combien il jouait gros.

Ce même journaliste venait de lui poser une question qu'il n'avait pas écoutée et son petit signe du menton lui indiquait qu'il fallait alors répondre. Mais la machine avait du mal à se mettre en marche : que lui avait dit son conseil en image ? Ah oui ! Lever les yeux au ciel comme s'il interrogeait ainsi son cerveau tellement performant qu'il couvrait la totalité du studio… Il regarda alors en l'air et ne vit que  la forêt de potences, de micros et de projecteurs… Ça ne marchait pas !

Il se reprit ensuite en regardant le petit bureau mis à sa disposition et l'écran de l'ordinateur censé illustrer ses propos… Mais il ne distinguait plus rien !  Les chiffres et graphiques ne pouvaient plus être ânonnés car mêlés dans un brouillard électronique. En fait, il sentait bien que la tâche était trop importante pour ses épaules : comment rassurer les petits porteurs qui commençaient à vendre leurs titres pour thésauriser leurs économies ? Comment éviter la panique ? Comment continuer à croire en un monde dynamique, innovant, moderne et concurrentiel ? Comment glorifier le risque et la libre entreprise ?

Et pourtant il en avait fait des études : le Panthéon avait été conquis à l'usure et de prétendues prestigieuses écoles faisaient appel à ses prestations tarifées… Il avait son site personnel et sa collection de vidéos… Mais il était fier d'avoir été recruté sans avoir les titres habituellement demandés car sa prestance, son image et ses réseaux l'importaient désormais sur ses maigres connaissances.

Mais là, ce n'était pas la même chose ! Il se prit à regretter d'avoir écrit en 2013 que la croissance pourrait atteindre voire dépasser la barre des 5% à l'horizon du printemps 2015. Certes mai et juillet 2013 l'avaient alors conforté, mais la réalité ("cette idiote" se dit-il car parfois il prenait quelques libertés avec son langage châtié et châtré) avait balayé cette prévision hasardeuse pour tirer vers le bas cet indice ("ce sacré indice") installé désormais dans la zone proche du zéro et lorgnant sur celle des chiffres négatifs comme un buteur de rugby regarde les pajolles. Il regrettait aussi les offres d'emplois qu'on lui avait faites et qui l'auraient alors éloigné du monde de la communication et du paraître ! Mais c'était trop tard…

Alors, prenant son courage à deux mains tout en sachant qu'il allait s'humilier, il se mit à pérorer comme s'il portait en lui le message divin car boursier !

Il se crut alors plus grand qu'Alan Greenspan, l'ancien Président de la Réserve fédérale américaine, toujours gourou reconnu même si sa réputation avait souffert de la crise des subprimes : "non les USA ne connaîtront pas la récession !" Il frémissait à la fois de plaisir et de peur en disant cela, peur car prononçant en même temps et in peto cet aveu : "Je suis meilleur qu'Alan (il aimait l'appeler ainsi alors qu'il ne l'avait jamais rencontré) mais j'oublie que le renchérissement des prix de l'énergie, la chute des prix de l'immobilier et surtout la hausse du taux de chômage sont les principaux indicateurs de cette récession"… Il surveillait avec précision Jeremy Rifkin et ses prédictions sur le travail et les technologies… Il regrettait amèrement d'avoir suivi les prévisions de Warren Buffett et de les avoir présentées comme s'il les avait produites lui-même.

Retrouvant son orgueil, il se sentit furieusement politiquement correct en dénonçant l'absence de réelles politiques économiques de l'Union Européenne, mais, aussi, intellectuellement fautif, lui qui avait sanctifié auparavant cette prétendue absente politique libérale traditionnelle …

Il crut alors l'emporter définitivement lorsqu'il annonça ("quelle audace" se dit-il) que la crise actuelle était désormais terminée et que la Chine, le Brésil et l'Inde allaient connaître une nouvelle croissance inespérée et entraînant l'ensemble du monde ! Il entendait derrière lui le cœur mythique de la corbeille sanctifiant le veau d'or et adoré. Il se surprit à avoir une érection et jeta furtivement un œil sur l'écran de contrôle pour vérifier si cela ne se voyait pas.

Alors il fusionna avec son siège et n'entendit plus les questions et commentaires du journaliste étonné devant un tel comportement…

Denis Quatreparcinq, devant son écran de télé, le regardait médusé. Comment peut-on affirmer cela sans vergogne ni modestie ? Comment ignorer les difficultés économiques, les incertitudes et les peurs quotidiennes… mais aussi, concepts à inventer, les injustices chômagiennes, les non-pouvoirs d'achat, les déceptions concurrentielles, le mépris du petit épargnant, les caniferies des contrats de travail ? Comment admettre cette jungle défendue conjointement par des prêtres de la finance et des politiques niant le laïc ? Quel est le prix d'une bague de chez Dior, prix exprimé en baguette de pain ? Combien vaut une stock option mesurée en emplois supprimés ?

Mais ce que ne savait pas Denis c'était ce que pensait alors Arévolé Rienamé en sortant du studio télévisuel. S'il l'avait su, alors son moral serait remonté.

Pendant ce temps, épuisé par ce jeu schizophrène et ce comportement tenant à la fois du bipolaire et de l'autiste, notre expert patenté ne pouvait plus contrôler son cerveau ressortant à la volée des images qu'il croyait oubliées.

Deux revenaient en force, la plus célèbre, celle de Charles C. Ebbets, ouvriers casse croûtant en 1932 sur une poutrelle métallique de gratte-ciel à plus de cent mètres de hauteur, heureux d'avoir un emploi aidé en pleine crise économique mais devant à tout prix ignorer les risques l'accompagnant… et cette même photo détournée pour servir de support publicitaire à une chaîne de théâtres en 2007.



Voir : http://www.framedcanvasart.com/product/lunch-atop-a-skyscraper.html

"Ce choc entre réalité et image promotionnelle va m'empêcher de dormir ce soir" dit-il au chauffeur du taxi qui le regarda alors dans son rétroviseur avec un grand étonnement !





Cartes postales de vacances

Quelques cartes postales jamais envoyées et, donc, jamais reçues pendant ces dernières vacances d'été !
Nostalgie quand tu nous tiens...



...réalité quand tu reviens nous interpeller !










Ah, relire les conseils d'un ancien homme politique...

... et formuler des engagements pour la rentrée

Se poser des interrogations certainement pertinentes...
... et vous souhaiter une très bonne rentrée hétérodoxe !!!!!!!!!!!!