La roche tarpéienne est proche du Capitole

14 janv. 2015

Les économistes et le terrorisme...

Certains économistes ont découvert récemment que le terrorisme pouvait être un objet d'analyse et, très souvent, une source de revenus...

Ils se sont alors focalisés sur la vente de conseils ou de diagnostics, sur la géopolitique, sur les prévisions et parfois, sur certaines théories plus abstraites appliquées au terrorisme...

 

1) Les "vendeurs d'informations et de conseils"

Des entreprises comme Roubini Global Economics ou, pour la France, le Groupe AEF présidé par Raymond Soubie (ancien conseiller de Sarkozy), ont investi un nouveau marché, celui de la vente en ligne de listes d'articles et de textes (comme on vend aussi des listes de locations au sein de certaines agences immobilières). 

Bien sûr, le fondateur de la première entreprise citée (Nouriel Roubin, un nouveau Cassandre surnommé parfois "Docteur catastrophe") enveloppe ses prédictions et recueils de données par une attitude apparemment anti-libérale mais qui est en fait celle d'un prévisionniste suivant une stratégie fondée sur les effondrements des économies. Il s'était  illustré par le fait d'avoir envoyé ses premières offres de diagnostics à propos du terrorisme quelques minutes après les attentats de Londres !

2) Les "spécialistes de géopolitique"

Et là, nous trouvons le pire et le meilleur…
  • …le pire avec des économistes experts de Wikipédia et grands maîtres du copier/coller de différents organismes d'information et de presse, experts qui ne font que présenter différemment des informations existantes, disponibles et parfois non vérifiées…
  • …le meilleur (très rare) avec ceux qui travaillent sur le terrain, connaissent les zones étudiées et maîtrisent la langue locale pour lire les informations sans traduction/trahison !
3) Les "prévisionnistes"

Quel "plaisir" de les relire quelques mois ou années après leurs prédictions comme en témoigne l'exemple des économistes des Echos qui reconnaissaient leur erreur principale pour 2014 (la défaite du Brésil devant l’Allemagne en demi-finale du Mondial de football !) Dans son numéro du 31 décembre dernier, ce journal se risquait à nouveau à l'art de la prévision et on ne retiendra de cet exercice que la place d'avant dernier attribuée à une possible vague d'attentats djihadistes…

Extraits : 
"Ebola, Russie, BCE, Etat islamique, Chine, etc... « Les Echos » vous dévoilent leurs prévisions pour l’année à venir.
01 // La crise entre la Russie et l’Ukraine risque de s’aggraver encore
02 // Chassé-croisé en vue entre la Fed et la BCE
03 // L’année du reflux pour l’Etat islamique
04 // Chine : croissance en recul et tensions régionales
05 // Europe : la relance de l’investissement semée d’embûches
06 // Grèce : une gauche radicale « pragmatique » aux portes du pouvoir
07 // Le virus Ebola va obliger à revoir la gouvernance mondiale sur la santé
08 // Les prix du pétrole DEVRAIENT encore reculer
09 // Un accord commercial entre les États-Unis et l’Europe mal engagé
10 // Nucléaire iranien : de bonnes raisons d’aboutir enfin
11 // La crainte d’une vague de terrorisme djihadiste
Des « loups solitaires » djihadistes, que les services de renseignement peinent à repérer, tenteront vraisemblablement de nouvelles attaques dans la foulée, en 2014, de l’assaut du parlement du Québec et de la prise d’otage de Sydney. Les pays occidentaux devront faire preuve de résilience pour se défendre en préservant libertés publiques et entente interconfessionnelle. 
12 // David Cameron créera-t-il la surprise ?" (fin de l'extrait…)

No comment !

4) Les "théoriciens"

Et oui, certains économistes, orthodoxes en majorité, se sont aussi lancés dans la théorisation du terrorisme !

On les classe généralement en quatre familles : ceux qui en analysent les coûts, ceux qui étudient les conséquences macroéconomiques, ceux qui formalisent les redistributions de ressources et ceux qui théorisent les évolutions des stratégies des agents de l'économie.
  • Les théoriciens des coûts du terrorisme distinguent traditionnellement les coûts financiers (coûts directs), les coûts d'opportunité (pertes de revenus liés au terrorisme) et les coûts psychologiques (facteurs explicatifs des coûts d'opportunité…) Mais les écarts entre les nombreuses évaluations des conséquences des terrorismes antérieurs font fortement douter de la pertinence de leurs outils de mesure !
  • Les macro-économistes du terrorisme tentent d'évaluer ses impacts sur la croissance des pays victimes… Ils utilisent des indicateurs simples comme l'augmentation des faillites, l'évolution de la croissance et/ou de la récession ou, enfin, l'évolution de la conjoncture économique réelle ou ressentie. Leurs mesures des impacts du terrorisme tombent sous le coup d'une erreur très fréquente en économie : la quasi impossibilité d'isoler une relation parmi un système de variables non indépendantes.
  • Les analystes de la redistribution des ressources et des revenus s'efforcent d'identifier les effets du terrorisme comme des transferts d'activités entre des secteurs économiques (comme, par exemple, le transfert de l'avion vers le train aux USA après le 11 septembre ou, souvent comme la baisse du tourisme au profit de la protection individuelle par les assurances…)
On doit mettre à part ceux qui, beaucoup moins nombreux, travaillent sur les évolutions des stratégies des agents de l'économie. Leurs outils d'analyse principaux sont les approches en termes d'anticipations de ces agents, le développement des stratégies de "précaution" (style stockage du sucre ou d'argent liquide…) et des stratégies de gestion des risques (retrait d'entreprises de certains pays, émigration de personnes vers d'autres etc…)

La théorie principalement utilisée dans ce cadre est celle du capital humain de Gary Becker (1961.) Les terroristes y sont supposés rationnels sur le plan économique car :
  1. Ils choisissent entre activité légale et activité criminelle en fonction des espérances de gains associés au non respect des lois, du type de crime envisagé et du type de pénalité (justice) qu'ils encourent.
  2. Dans ce cadre, le terrorisme est défini par des risques : arrestation, condamnation, emprisonnement voire dans certains pays, exécution.
  3. Bien plus, les terroristes allouent leurs ressources rares pour maximiser la valeur de leur utilité" selon Landes en 1978, disciple de Becker !
Au total, deux domaines d'analyse sont systématiquement oubliés par les économistes orthodoxes...
  • l'impact du terrorisme sur la pauvreté et sur les populations les plus fragiles…
  • la véritable rationalité des terroristes.
Ces économistes traditionnels confondent-ils terrorisme et surréalisme...ou oublient-ils la réalité  ?

Quelques pistes hétérodoxes :


D'autres théories existent mais sont malheureusement peu utilisées car plus ou moins hétérodoxes :

  • Certaines se focalisent sur les dysfonctionnements des politiques publiques.
  • D'autres reposent sur l'étude des inégalités sociales ou culturelles.
  • Quelques une convoquent les différences entre les rationalités, les opinions publiques et/ou les identités pour expliquer ces terrorismes...

14 janvier 2015, © U.N. Minédipiù
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