La roche tarpéienne est proche du Capitole

27 janv. 2015

De la richesse de l'hétérodoxie et de la pauvreté du pouvoir : quatre proverbes



A' chi beie sempre acqua finisce per avì granochje in corpu
Qui boit toujours de l'eau finit par avoir des grenouilles dans le ventre.


Depuis des années, des étudiants, des enseignants, des journalistes ou, plus généralement, des professionnels de l'économie s'interrogeaient sur l'efficacité opérationnelle des théories économiques du mainstream, ce tsunami permanent d'analyses totalement abstraites et reposant sur des hypothèses surréalistes.
Un mouvement (plus qu'un espoir) était alors né en France autour d'une demande de séparation entre une section d'économie "pure" et une autre intégrant aussi de la sociologie, de l'histoire et de la politique.

Induve nun ci hè l'amicu ci hè u enemicu
Là ou n'est pas l'ami est l'ennemi.


Cette bonne idée, même si elle comportait néanmoins quelques risques de ghettoïsation, pouvait ainsi améliorer la formation en économie et réduire la fuite des étudiants plus intéressés par le coté opérationnel des études de gestion que par l'abstraction formalisée des hétérodoxies néoclassiques...
Mais cette bonne idée est désormais sinon morte, du moins bien menacée de disparition par les efforts conjoints de Mme Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'éducation, et de Mme Geneviève Fioraso, Secrétaire d'Etat chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche" qui, sensibles au lobbying des conseillers hollandophiles, se sont opposées à la création de cette nouvelle section.

Calci di ghjumente ùn tombanu i cavalli
Les coups de pieds de juments ne tuent pas les chevaux.
 


Qui défendait ce projet de séparation ? Nous pouvons citer l’Association française d’économie politique, Bernard Maris et bien d'autres comme tous ceux qui ont un jour souffert de ce maccarthisme de l'économie...
Qui pouvait ainsi s'opposer à cette création ? En première ligne il y a des orthodoxes intégristes comme Jean Tirole ou Philippe Aghion devenu mandarin de l'Université d'Harvard et conseiller de Hollande et de Macron... et derrière eux tout ceux qui espèrent prendre leur place un jour prochain...

Ancu u pevaru hè chjuculellu, ma si face sente
Le poivre aussi est petit mais il se fait sentir.


Mais le constat de l'inefficacité de l'économie "pure" reste bien présent et se renforce chaque jour devant l'incapacité du mainstream à donner des explications pertinentes et des solutions réalistes face à la crise économique et au désordre mondial.
La science économique a toujours progressé grâce à des ruptures fortes comme celles des classiques au 18ème siècle s'opposant aux défenseurs du pouvoir économique des propriétaires terriens, des marxistes développant une autre vision de l'économie via l'étude des classes sociales et celle des Lois du profit ou des keynésiens laissant de coté les analyses simplistes et déshumanisées de la crise menées jusque là par les néoclassiques.
Mais nos orthodoxes actuels ont trouvé une arme, pour l'instant encore efficace, celle de l'ignorance et de l'oubli car il est plus simple de s'autoproclamer les meilleurs des meilleurs et les seuls garant de la qualité de "LA" science en empêchant les concurrents (les déviants) de publier et en supprimant d'un trait de plume l'enseignement de l'histoire de la pensée économique et en bannissant l'usage de toutes les disciplines qui replaceraient cette pensée dans l'histoire du monde et de la société !

Mais cette histoire et ces autres disciplines existent encore et existeront toujours, 
en déplaise aux autistes et autres censeurs de la pensée !

L'omu di tanti nemici ùn more mai
L'homme chargé d'ennemis ne meurt jamais.

27 janvier 2015, © U.N. Minédipiù

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Pour plus d'informations :
http://www.marianne.net/Tout-le-monde-n-est-pas-Bernard-Maris-_a243823.html
http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2015/01/22/nouvelle-section-fioraso-nen-voulait-pas/#comment-191640

Merci à http://www.curagiu.com/proverbe.htm

14 janv. 2015

Les économistes et le terrorisme...

Certains économistes ont découvert récemment que le terrorisme pouvait être un objet d'analyse et, très souvent, une source de revenus...

Ils se sont alors focalisés sur la vente de conseils ou de diagnostics, sur la géopolitique, sur les prévisions et parfois, sur certaines théories plus abstraites appliquées au terrorisme...

 

1) Les "vendeurs d'informations et de conseils"

Des entreprises comme Roubini Global Economics ou, pour la France, le Groupe AEF présidé par Raymond Soubie (ancien conseiller de Sarkozy), ont investi un nouveau marché, celui de la vente en ligne de listes d'articles et de textes (comme on vend aussi des listes de locations au sein de certaines agences immobilières). 

Bien sûr, le fondateur de la première entreprise citée (Nouriel Roubin, un nouveau Cassandre surnommé parfois "Docteur catastrophe") enveloppe ses prédictions et recueils de données par une attitude apparemment anti-libérale mais qui est en fait celle d'un prévisionniste suivant une stratégie fondée sur les effondrements des économies. Il s'était  illustré par le fait d'avoir envoyé ses premières offres de diagnostics à propos du terrorisme quelques minutes après les attentats de Londres !

2) Les "spécialistes de géopolitique"

Et là, nous trouvons le pire et le meilleur…
  • …le pire avec des économistes experts de Wikipédia et grands maîtres du copier/coller de différents organismes d'information et de presse, experts qui ne font que présenter différemment des informations existantes, disponibles et parfois non vérifiées…
  • …le meilleur (très rare) avec ceux qui travaillent sur le terrain, connaissent les zones étudiées et maîtrisent la langue locale pour lire les informations sans traduction/trahison !
3) Les "prévisionnistes"

Quel "plaisir" de les relire quelques mois ou années après leurs prédictions comme en témoigne l'exemple des économistes des Echos qui reconnaissaient leur erreur principale pour 2014 (la défaite du Brésil devant l’Allemagne en demi-finale du Mondial de football !) Dans son numéro du 31 décembre dernier, ce journal se risquait à nouveau à l'art de la prévision et on ne retiendra de cet exercice que la place d'avant dernier attribuée à une possible vague d'attentats djihadistes…

Extraits : 
"Ebola, Russie, BCE, Etat islamique, Chine, etc... « Les Echos » vous dévoilent leurs prévisions pour l’année à venir.
01 // La crise entre la Russie et l’Ukraine risque de s’aggraver encore
02 // Chassé-croisé en vue entre la Fed et la BCE
03 // L’année du reflux pour l’Etat islamique
04 // Chine : croissance en recul et tensions régionales
05 // Europe : la relance de l’investissement semée d’embûches
06 // Grèce : une gauche radicale « pragmatique » aux portes du pouvoir
07 // Le virus Ebola va obliger à revoir la gouvernance mondiale sur la santé
08 // Les prix du pétrole DEVRAIENT encore reculer
09 // Un accord commercial entre les États-Unis et l’Europe mal engagé
10 // Nucléaire iranien : de bonnes raisons d’aboutir enfin
11 // La crainte d’une vague de terrorisme djihadiste
Des « loups solitaires » djihadistes, que les services de renseignement peinent à repérer, tenteront vraisemblablement de nouvelles attaques dans la foulée, en 2014, de l’assaut du parlement du Québec et de la prise d’otage de Sydney. Les pays occidentaux devront faire preuve de résilience pour se défendre en préservant libertés publiques et entente interconfessionnelle. 
12 // David Cameron créera-t-il la surprise ?" (fin de l'extrait…)

No comment !

4) Les "théoriciens"

Et oui, certains économistes, orthodoxes en majorité, se sont aussi lancés dans la théorisation du terrorisme !

On les classe généralement en quatre familles : ceux qui en analysent les coûts, ceux qui étudient les conséquences macroéconomiques, ceux qui formalisent les redistributions de ressources et ceux qui théorisent les évolutions des stratégies des agents de l'économie.
  • Les théoriciens des coûts du terrorisme distinguent traditionnellement les coûts financiers (coûts directs), les coûts d'opportunité (pertes de revenus liés au terrorisme) et les coûts psychologiques (facteurs explicatifs des coûts d'opportunité…) Mais les écarts entre les nombreuses évaluations des conséquences des terrorismes antérieurs font fortement douter de la pertinence de leurs outils de mesure !
  • Les macro-économistes du terrorisme tentent d'évaluer ses impacts sur la croissance des pays victimes… Ils utilisent des indicateurs simples comme l'augmentation des faillites, l'évolution de la croissance et/ou de la récession ou, enfin, l'évolution de la conjoncture économique réelle ou ressentie. Leurs mesures des impacts du terrorisme tombent sous le coup d'une erreur très fréquente en économie : la quasi impossibilité d'isoler une relation parmi un système de variables non indépendantes.
  • Les analystes de la redistribution des ressources et des revenus s'efforcent d'identifier les effets du terrorisme comme des transferts d'activités entre des secteurs économiques (comme, par exemple, le transfert de l'avion vers le train aux USA après le 11 septembre ou, souvent comme la baisse du tourisme au profit de la protection individuelle par les assurances…)
On doit mettre à part ceux qui, beaucoup moins nombreux, travaillent sur les évolutions des stratégies des agents de l'économie. Leurs outils d'analyse principaux sont les approches en termes d'anticipations de ces agents, le développement des stratégies de "précaution" (style stockage du sucre ou d'argent liquide…) et des stratégies de gestion des risques (retrait d'entreprises de certains pays, émigration de personnes vers d'autres etc…)

La théorie principalement utilisée dans ce cadre est celle du capital humain de Gary Becker (1961.) Les terroristes y sont supposés rationnels sur le plan économique car :
  1. Ils choisissent entre activité légale et activité criminelle en fonction des espérances de gains associés au non respect des lois, du type de crime envisagé et du type de pénalité (justice) qu'ils encourent.
  2. Dans ce cadre, le terrorisme est défini par des risques : arrestation, condamnation, emprisonnement voire dans certains pays, exécution.
  3. Bien plus, les terroristes allouent leurs ressources rares pour maximiser la valeur de leur utilité" selon Landes en 1978, disciple de Becker !
Au total, deux domaines d'analyse sont systématiquement oubliés par les économistes orthodoxes...
  • l'impact du terrorisme sur la pauvreté et sur les populations les plus fragiles…
  • la véritable rationalité des terroristes.
Ces économistes traditionnels confondent-ils terrorisme et surréalisme...ou oublient-ils la réalité  ?

Quelques pistes hétérodoxes :


D'autres théories existent mais sont malheureusement peu utilisées car plus ou moins hétérodoxes :

  • Certaines se focalisent sur les dysfonctionnements des politiques publiques.
  • D'autres reposent sur l'étude des inégalités sociales ou culturelles.
  • Quelques une convoquent les différences entre les rationalités, les opinions publiques et/ou les identités pour expliquer ces terrorismes...

14 janvier 2015, © U.N. Minédipiù

11 janv. 2015

Ces gens-là…


D'abord, d'abord… 
Il y a des paumés qui veulent éliminer les mecs créant par leur plume, leur crayon et leurs pensées, ceux qui croient que cela leur ouvrira les portes d'un haut d'Allah censé leur offrir des vierges voilées et excisées et une éternité supposée.
 Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là on ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on tue.

Et puis il y les autres, ces gloires futiles qui éructent en désamour des mal-pensant et des femmes, ceux qui oublient leurs savoirs et leur intelligence pour jouir de provocations superficielles et tarifées et pour se croire un moment, un moment seulement, des maîtres à penser d'un nouveau nihilisme télévisuel.
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on ne pense plus Monsieur, on ne pense plus, on brille.

Et puis il y a les faux romantiques qui confondent le bashing avec la clairvoyance d'un Bashung inspiré, ceux qui vénèrent un Louis-Ferdinand sénile qui souffre du bec à cause d'une gorgée de bière mal digérée à la terrasse du Flore.
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on pense un peu Monsieur, on pense un peu et on droit d'auteurise.

Et puis il y a ces lemmings, ces troupes inconscientes qui courent vers la falaise pour plonger dans une vague bleue marine qui les engloutira sans retour, ces troupes d'égarés, ces soldats déçus de combats qu'ils pensaient avant comme ceux de leur classe, de leurs malheurs et de leur vie.
Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on plonge.

Et puis, il y a ceux qui prennent leur Métro à la station St. Michel, qui font leur course au Tati de la Rue de Rennes ou qui vont se promener rue des Rosiers, rue de Turbigo ou à Dammartin-en-Goële, ceux qui prennent l'Airbus Alger-Paris, ceux qui se trouvent là où il ne faut pas être… et aussi ceux qui ne peuvent que s'occuper des encore moins chanceux qu'eux car exclus d'une société devenue inhumaine. 

Et puis, et puis, il y a ceux qui se sont réveillés et affirmés par des signes, des dessins ou des slogans simples, par des regroupements sans arrière pensée et qui se retrouvent ensemble étonnés par leur force et leur humanité, par la fierté d'être simplement là, face à la barbarie, simplement là, face à la barbarie….

Ces gens là Monsieur, ils rêvent, ils rêvent Monsieur, ils rêvent d'être au soleil et d'aimer leur vie. Ils rêvent de fraternité, de liberté, d'égalité, bref, de République.

Même qu'ils se disent souvent qu'ils voteront c'est sûr, que cela devrait aller mieux et que certains pourraient avoir du travail et de la reconnaissance et que si ce n'est pas sûr, c'est quand même peut-être, parce que d'autres ne le veulent pas, parce que d'autres ne veulent pas.

Mais il est tard, Monsieur
et il faut que je rentre…
chez moi...

Ccc. Jacques Brel

11 janvier 2015, © U.N. Minédipiù