La roche tarpéienne est proche du Capitole

9 nov. 2014

Un nouveau rapport officiel : entre Sisyphe et Don Quijotte !

Pour information, un lien avec le Rapport Hautcoeur portant sur l'enseignement et la recherche en économie...
http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Formations_et_diplomes/05/1/Rapport_Hautcoeur2014_328051.pdf




Deux petites remarques :
  1. Tel Sisyphe face à sa colline, il reprend des remarques déjà formulées depuis des décennies : ouverture sur les faits et les institutions, regard critique sur les données, révision des évaluations "unimodales" de la recherche et de l'enseignement... sans toutefois s'empêcher de renvoyer ces rapports aux faits, aux institutions à la frontière ou à l'extérieur de la "discipline" !
  2. Mais tel Don Quijotte de la Mancha, il ne produit que des propositions générales sans leur associer des moyens et des modes de gestion nouveaux de la recherche et de l'enseignement en économie attribuant une certaine liberté aux courants non orthodoxes !

1 nov. 2014

Les "Cassandre", ces enfants de Priam et d'Hécube... (1er novembre 2014)

Les Cassandre

Face à une crise économique que personne ne semble analyser efficacement, nous ne pouvons que constater la domination intellectuelle des "Cassandre", ces enfants de Priam et d'Hécube pétris de certitudes et de dogmatisme.

Mais, face à cette crise non élucidée, eux non plus ne savent plus quoi dire pour être encore éclairés par les sunlights médiatiques et hésitent entre des banalités présentées comme leurs propres nouveautés et des analyses tellement complexes qu'elles donnent le tournis !




1) Doit-on faire des stocks de sucre tout de suite ? (ou J. Attali, Grand Maître de la géométrie variable…)

Au premier rang des producteurs de banalités et de prévisions pour le moins hasardeuses et à géométrie variable, J. Attali, parfois soupçonné d'usage excessif de photocopieuses pour rédiger ses ouvrages, ancien Président (1990) de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement dont il avait été viré pour dépenses excessives (ah, les fameux bureaux de cette BERD à Londres !) et Chef d'orchestre et dramaturge débutant et contesté…
Ce président de la fondation PlaNet Finance (fondation censée évaluer la "qualité" des Institutions de Micro Finance) avait fait une prévision sur-optimiste à l'AFP en décembre 2012 : pour lui, les années 2014 et 2015 pourraient être "de bonnes années" sur le plan économique ! Il justifie cela par le fait qu'Il y a "beaucoup de perspectives qui donnent le sentiment que 2014 et 2015 seront de bonnes années."
Toute son argumentation repose sur quatre hypothèses pour le moins tendues et déjà infirmées :
  • "Tous les mois, à cette date (décembre, UNM), nous aurons un mauvais chiffre du chômage pendant au moins six mois, sinon un an…"
  • "La crise économique aux Etats-Unis va s'estomper."
  • "La Chine va redémarrer."
  • "L'Europe va recevoir les fruits de ses énormes réformes."
Bon, pour 2014 c'est loupé, mais laissons lui une toute petite chance pour 2015 !
Or, surprise, en mai dernier il annonce sur Canal+ : "On est absolument au bord de la guerre mondiale. Parce que nous sommes dans une guerre civile, dont à mon avis on n'aurait pas dû se mêler. Une guerre civile entre les Russes pro-russes et les Russes différents qui sont en Ukraine une partie des Ukrainiens. Et cette guerre civile si on s'y laisse entraîner peut conduire à une guerre mondiale."
Il rajoute quelques jours plus tard : " En toute logique, cette crise (économique générale et mondiale, UNM) devrait se déclencher en 2015. Si on ne s’y prépare pas, elle sera pire que les précédentes, en particulier en Europe."
Tous ces allers-retours s'inscrivent dans une vision de long terme assez particulière ! Je le cite : "D’abord, dans vingt à trente ans au plus, un repli des Etats-Unis sur eux-mêmes ; puis un univers polycentrique, avec une dizaine de nations dominantes ; puis, vers 2050, un monde sans Etats, marché mondial chaotique et flamboyant, que je nomme l’hyperempire, suivi par un conflit puis, si l’humanité survit, par une démocratie mondiale" (Entretien accordé à l’Express en octobre 2006.)

2) Peut-on encore consulter un oracle sans risque de vertige ? (ou P. Artus, Architecte ésotérique…)

A coté des producteurs de banalités invérifiables, il y a aussi les donneurs de tournis au premier rang desquels nous pouvons citer P. Artus, Directeur de recherche chez Natixis…
En 2011 il affirme tranquillement dans une Note de Natixis que les économistes nord américains sont incapables d'estimer correctement la croissance à venir aux USA, car ils sont "incapables d’intégrer dans leurs analyses l’évolution structurelle de l’économie de leur pays." Il est vrai qu'en France les membres du "Cercle des Economistes" dirigé par un économiste fortement lié au Groupe Rotschild, sont, eux, très performants et clairs dans leurs analyses…
En mai 2014, dans une Note de ce Cercle, il constate que : "Même à des niveaux très faibles d’augmentation des salaires réels, nous sommes déjà au-dessus de la productivité, ce qui fait baisser d’autant les marges des entreprises. Mais il est difficile de faire comprendre aux salariés que leurs rémunérations doivent progresser moins vite pour ne pas pénaliser leur entreprise, et par là même le fonctionnement général de l’économie du pays. L’idée n’est pas, non plus, de pénaliser les salariés. Plus loin que le seul monde de l’entreprise, l’Etat a lui aussi un rôle à jouer pour améliorer le pouvoir d’achat des Français, notamment grâce à une politique fiscale adaptée." Il en déduit l'existence de "l'incompréhension de l'opinion" !
Sacrés salariés qui ne comprennent rien de rien aux grands mystères de l'économie !
Dans les Echos du 12 septembre dernier, on attendait un peu plus de clarté mais, à la question posée : "Le CICE va-t-il renforcer la croissance potentielle de l’économie française ?" sa réponse est plutôt ambiguë :
"La réponse est oui. Il existe toutefois deux problèmes dans le crédit d’impôt compétitivité et emploi (CICE). De l’argent public est injecté dans les entreprises alors que la vraie réforme aurait été de rendre possible l’ajustement des salaires dans chaque société en fonction de l’évolution de sa productivité. Le problème de la France est que les salaires augmentent plus vite que la productivité, donc les bénéfices reculent. Cela nécessiterait de changer l’organisation syndicale et de réformer le paritarisme."

Clair et logique, non ?

3) Galerie de portraits et autres collectes de faillites intellectuelles

On pourrait ajouter à ces "producteurs de banalités et de prévisions pour le moins hasardeuses et à géométrie variable", à ces " donneurs de tournis", les "experts non patentés mais reconnus par les chaines télé" (et ce, malgré la Haute Définition !), les "donneurs de leçons et vendeurs de mirages" promettant l'accès aux paradis économiques des traders, des marketeurs ou des prévisionnistes joueurs, les "colporteurs patentés" et, sans les oublier, les "je-sais-tout des officines de spécialistes en tout et rien."
  • Tous parlent de crise financière mais aucun de crise économique tout court alors que la récession s'installe, que le chômage explose, que l'inflation laisse désormais la place à une déflation redoutable, que la pauvreté s'accroît de manière insupportable et que les anticipations des agents économiques plongent dans une spirale sans fond.
  • Tous avancent des prédictions mais aucun n'a le courage d'en faire le bilan (certains effaçant leurs blogs pour ne laisser aucune trace de leurs erreurs.)
  • Tous prédisent une sortie de cette crise financière encore persuadés que les banques et fonds souverains chinois achèteront toujours en masse des Bons du Trésor US afin d'empêcher le Yuan de monter et de maintenir la capacité d'exportation de ce pays ou que la Grèce deviendra désormais un exemple parfait de nouvelle croissance !
D'où vient cette faillite intellectuelle quasi généralisée ?
Au premier rang des explications il y a la volonté de paraître et, non négligeable, le fond de commerce que constituent les apparitions télévisuelles. Mais au-delà de ces jeux d'apparence et d'ego, il y a la grave crise des économistes qui, dominés par la pensée "traditionnelle" se limitent à décrire un monde idéal car étant incapables d'expliquer la réalité.
Que disent-ils en fait ?
  • Leur premier credo consiste à dire que l'économie est toujours équilibrée et que, seuls, des phénomènes extérieurs viennent la perturber. Ce fut le pétrole en 73 pour expliquer une crise qui, alors, durait déjà depuis 6 à 8 ans, c'est le cas maintenant des comportements "voyous" et des bulles financières contrôlées hier et renouvelées aujourd'hui ? Demain ce sera le jeu des politiques américaines ou les relations russo-georgiennes.
  • Leur second credo consiste à supposer que tout se ramène à des décisions d'acteurs économiques individuels qui sont totalement rationnels mais imparfaitement informés. Belle image d'Epinal !
  • Bien plus, toutes ces décisions et tous ces comportements sont explicables par les mathématiques et la formalisation. Ce qui ne peut l'être est, par définition, extérieur à l'économie !
  • Leur dernier credo est celui de la perversion de l'Etat même si celui-ci est remercié pour son rachat des créances douteuses (mais il joue alors un rôle moral et non économique, ne confondons pas !)
Bref, depuis presque 30 ans la pensée unique a joué son rôle et a écrasé presque toute tentative d'explication nouvelle et tout recours à des théories différentes… C'en est fini des économistes trouvant une reconnaissance internationale par leur explication du monde en changement (F. Perroux en France ou P. Baran aux USA par exemple). Exit les analystes réalistes oeuvrant dans les organisations internationales. Réduit le rôle d'économistes moins dogmatiques mais rejetés dans le monde de la sociologie ou, pire, de la compassion (comme A. Sen ou Elinor Ostrom).

Comment voulez-vous alors retrouver des analystes pouvant décrire sans concessions la réalité et proposer des solutions viables ?

N'entendons nous pas souvent de la part de ces théoriciens dominants que si la théorie ne semble pas pertinente c'est le réel qu'il faut changer ?




1er novembre 2014, © U.N. Minédipiù